26 mars 2014 3 26 /03 /mars /2014 09:08

Chers lecteurs,

Comme promis, quelques nouvelles du front et surtout l’occasion de vous faire partager mon nouveau projet. Depuis septembre, et jusqu’à la fin de l’année scolaire, j’ai en charge une classe de CM1 sur Marseille. Bien sûr, je suis ravie, d’autant plus que mes élèves sont très sympas et les collègues encore plus ! Un vrai régal à tel point que bien souvent, je n’ai même pas l’impression d’aller travailler quand je me lève le matin…j’ai conscience que j’ai pas mal de chance sur ce point !

 

A chaque fois que je suis en remplacement long (ben oui je suis toujours titulaire mobile), j’essaie d’essayer de nouvelles choses. Et cette année, j’ai décidé de nous embarquer dans un projet théâtre !

Cela faisait un moment que ça me trottait dans la tête. A vrai dire, j’ai rencontré il y a 2 ans une collègue qui avait monté un projet similaire avec sa classe, et j’avais été conquise !

 

Cependant, se lancer dans un projet quel qu’il soit, nécessite de se poser quelques questions essentielles. Le plus important est que ce dernier soit adapté aux élèves que nous avons.

Faire du théâtre avec ma classe m’a semblé intéressant pour plusieurs raisons.

 

  • Donner l’occasion aux élèves de s’exprimer en dehors d’un cadre très restreint (la classe où on est assis 6 h par jour)
  • Ouverture culturelle indéniable : mon école est en zone « éclair » dans un quartier très très populaire et culturellement pauvre (c’est simple, beaucoup d’enfants ne connaissent que le foot et ne sont jamais sortis de leur quartier.)
  • Faire le lien avec des structures locales, à savoir le pôle culturel de la Belle de Mai : la Friche. http://fr.wikipedia.org/wiki/Friche_Belle_de_Mai
  • Fédérer la classe autour d’un projet artistique commun.
  • Faire venir les parents à l’école pour la représentation de la pièce, beaucoup d’entre eux ont un rapport à l’école distant voire inexistant…

 

Et bien évidemment, d’un point de vue purement pédagogique, le projet théâtre est tellement riche qu’il peut s’inscrire dans la pluridisciplinarité : maîtrise de la langue, littérature, histoire (puisqu’en CM1 on fait les temps modernes donc impossible de ne pas évoquer notre bon cher Molière !), arts-visuels…

 

Mais par où commencer ?

 

Le plus important est de rendre ce projet plaisant et ludique tout en gardant en tête que les enfants doivent apprendre !!

Dans un premier temps, de mars à avril, nous allons faire de l’expression corporelle et des exercices de mise en voix à raison de deux séances par semaine. Ainsi les enfants vont apprendre à investir un espace, se faire confiance mutuellement, à articuler, à se servir de leur corps et de leur voix pour faire passer des émotions.

Je recenserai dans mon prochain article les jeux que je mets en place pour travailler toutes ces compétences.

Concernant la mise en voix, les techniques utilisées lors des chorales sont aussi bien utiles !

Nous aurons également l’occasion d’aller voir une véritable pièce de théâtre : « Mange ta main » au théâtre Massalia http://www.theatremassalia.com/dyn/spip.php?article2461

 

Et notre pièce dans tout ça ?

 

L’idéal serait de faire écrire leur propre pièce aux élèves. Mais faute de temps, nous avons préféré prendre une pièce d’auteur.

Difficile d’en trouver une avec assez de rôles pour faire jouer tous les enfants. Néanmoins il en existe ! Mais il faut bien les chercher ! Pour ma part, je me suis servie du site « Ricochet » et j’ai écumé la liste de toutes les pièces à destination des 8-12 ans…Nous avons aussi recherché la dimension humoristique.

Pour le moment, 3 pièces sortent du lot. Les enfants choisiront celles qu’ils préfèrent :

 

La manifestation de Grégoire Kocjan : Un beau matin, des enfants découvrent leur école fermée, aucune trace de leur maîtresse. Ils manifestent alors et se rendent compte à quel point venir à l’école est importante pour eux.

 

La mauvaise note de Michel Coulareau : série de petits sketchs où des enfants énumèrent des méthodes pour annoncer les mauvaises notes aux parents tout en faisant bien passer la pilule.

 

Petit théâtre des grands personnages de Michel Fustier : des personnages historiques se mettent en scène via l’humour.

 

 

Pour le moment, mes élèves sont très enthousiastes et sont très investis dans le projet.

Qui sait ? Cela réveillera peut-être des vocations ? Tout le monde sait bien qu’à Marseille on a des comédiens hors pairs (les joueurs de l’OM ! Ou encore les acteurs de Plus Belle la Vie ! )  :-))))

Affaire à suivre !

 

Notre projet théâtre en CM1: acte 1

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Je veux être maîtresse - dans Cycle 3
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23 février 2014 7 23 /02 /février /2014 07:43

8 ans que j’ai décidé de me lancer dans le récit de mes aventures sur ce blog : mes aventures d’étudiante rêvant du tableau noir puis celles de l' enseignante que je suis devenue par la suite...

Le 27 juin 2007 à 12h02 jour où tout a basculé « Admise » dans la grande famille de l'Education Nationale.

 

Depuis, j’exerce toujours ce métier avec passion. Aucun regret, il n’y a qu’en classe que je peux être heureuse (professionnellement bien sûr.)

Certes, je n’ai toujours pas le poste de mes rêves, oui nos conditions de travail se dégradent mais je continue de venir en classe tous les matins avec le même optimisme et le même plaisir.

 

Ce blog avait pour but d’informer les gens sur ce beau métier, j’espère qu’il continuera de véhiculer une image positive de ce dernier encore longtemps, à travers mes expériences.

 

Je remercie tous mes fidèles lecteurs qui me suivent depuis 8 ans, les copines, les anciens collègues du Lot, les membres du forum « Enseignants du primaire », mais aussi ceux qui s’égarent sur ces pages grâce à Google . :-)

Et le meilleur pour la fin : mes chers élèves et le monde de l’Education Nationale, source d’inspiration inépuisable.. !

A très vite pour de nouvelles aventures !

Scolairement vôtre !

 

 

The show must go on !

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Je veux être maîtresse
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4 janvier 2014 6 04 /01 /janvier /2014 11:38

LES MATHS AU CRPE

Bonjour, je suis actuellement au lycée  en classe de Terminale L. J'aimerais ENORMEMENT faire le métier de professeur des écoles, mais je rencontre un petit problème : je bloque sur les mathématiques (que j'ai arrêtés depuis la seconde). Donc j'aimerais savoir si j'aurais la possibilité de suivre cette matière histoire de me remettre dans le bain et de peut-être décrocher ce concours tout en choisissant une spécialité Lettres Modernes ? Voilà, j'espère que vous aurez une réponse, parce que j'ai peur de me lancer dans quelque chose d'impossible...

Bonsoir Dylan,

comme toi, j'ai fait un bac L. Ensuite j'ai fait des études de sciences du langage à la fac mais avec une option maths en dernière année de licence pour me remettre à niveau. Je te conseille de te renseigner auprès de ta future université.
Dans tous les cas, il est INDISPENSABLE de t'y remettre dés que possible. L'épreuve du concours est loin d'être évidente quand on ne fait plus de maths depuis un moment.
Fais lettres modernes si tu as envie mais n'occulte pas les maths, entraîne-toi sur des annales de concours pour voir où se situe ton niveau.
Mais c'est tout à fait faisable, j'y suis arrivée et j'adore enseigner cette matière !
Bonne continuation et merci de tes lectures sur mon blog !

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DIFFERENCIATION

Bonjour
Pouvez-vous me donner les grandes lignes d'une séance de différentiation en grammaire ou lecture car cela m'intéresse ? Comment faites vous pour suivre chacun de vos élèves ? merci Catherine.

Bonsoir,

une séance de différenciation est clairement définie en fonction des élèves et de leurs difficultés du moment. Vous en présenter une hors contexte n'a donc aucun intérêt puisqu'elle est adaptée à vos élèves.
Pour suivre mes élèves, je fais des progressions adaptées au niveau de chacun sous forme de tableau où je marque précisément où l'élève en est dans l'acquisition de la compétence. Je fais aussi le bilan de chaque séance dans mon cahier journal, et cela tous les jours.
Bonne soirée et merci de vos lectures :)

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FORMATION EN SCIENCES DU LANGAGE ET GERER SA TIMIDITE


Coucou,
Me revoici avec quelques questions :)
Tout d'abord, je voulais te remercier de ta réponse la dernière fois, car je n'ai pas encore eu l'occasion de le faire.
Voilà une petite avalanche de questions et mes quelques problèmes qui se posent en ce moment...
Comme j'ai pu te (vous ?) le dire, j'ai 19 ans, et je suis passée par une année en Double Licence en Lettres Classiques et Lettres Modernes + Lettres Appliquées avant de me rendre compte que l'univers Littéraire aussi guindé n'était pas fait pour moi. De ce fait, je suis parti de cette filière et me suis retrouvée en Histoire de l'art cette année. J'ai eu beaucoup de problèmes administratifs, et une tonne de regrets de ne pas avoir fait autre chose, car maintenant... Les lettres me manquent. Pas la littérature, mais les Lettres.
Alors voilà... J'ai réfléchi, longuement, très longuement, et je me suis dit que travailler dans une librairie, ou en tant que vendeuse pour un an serait une bonne idée, pour que je puisse reprendre en Septembre des études en Science du Langage. Si je ne me trompe pas, c'est bien ce que tu as fait, non ?
Je pense aller en Science du Langage à l'Université de Paris Ouest Nanterre, là où j'ai commencé ma formation en Histoire de l'art cette année. Je ne sais pas tellement si c'est une bonne idée. J'ai l'impression que la formation en elle-même est bonne, et qu'elle prépare bien au Concours des professeurs, mais ce n'est qu'une impression.
Déjà, sur la formation en elle-même... (Si tu as bien fait ça ! J'espère que je ne me trompe pas...) Est-ce bien ? Ca m'a l'air vraiment intéressant, et vu que je me suis trompée de filière deux fois déjà, je ne peux pas me permettre de "gâcher" une troisième année... J'ai quelques notions en Linguistique que j'avais commencé en Lettres Appliquées, et ça m'avait vraiment plu ! Par contre, je ma matière forte est loin d'être l'Anglais. Je suis plutôt Grec Ancien... Est-ce un défaut ? Je pense que le Grec ne peut pas être un défaut, mais mon Anglais est très approximatif (autant dire que je suis nulle, ça revient au même :p)...
Et, j'ai aussi un très gros défaut qui me pourri la vie : Je suis timide. Du moins, je suis timide devant un grand nombre de personne. Je meurs de trouille de prendre la parole devant une classe. Pourtant, j'essaie de travailler sur ce problème... Mais du coup, cela me fait douter sur mon avenir potentiel, car si je ne peux pas parler en public, comment gérer une classe ?
J'ai pourtant fait du Théâtre, j'ai fait de nombreux spectacles... Je me suis améliorée depuis le collège (heureusement !) mais savoir que je ne pourrais pas devenir Prof à cause de ça me mine un peu.

Voilà, désolée de ce gros pavé bien long et quelque peu chiatique !
A bientôt, j'espère :)

 

 

Bonjour Amandine,

Pour ma part, j’ai vraiment apprécié ma formation en sciences du langage, et c’est selon moi un atout pour réussir l’épreuve de français et bien l’enseigner par la suite. Pendant 3 ans, j’ai étudié la phonologie, la lexicologie, la syntaxe etc…Cela aide considérablement à comprendre notre langue. Je pense donc que c’est une bonne formation comme une autre. Concernant la timidité, je ne te cache pas qu’il faut plutôt être à l’aise à l’oral pour gérer une classe. On parle à 30 personnes toute la journée et il faut savoir moduler sa voix, ses expressions, et même parfois jouer la comédie ! Continue le théâtre, cela ne te fera que du bien ! Mais que cela ne te mine pas, ça se travaille sans soucis.

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QUALITES POUR DEVENIR PE ET GERER UNE CLASSE

Bonjour,
En me promenant sur votre blog, je me suis dit :" Chouette, exactement ce qu'il me fallait!" et pour cela, je vous remercie vivement.
Ma situation est un peu particulière. J'ai 27 ans et je suis demandeuse d'emploi depuis quelques mois. Auparavant, je travaillais dans les assurances, et j'ai un BTS assurances. Mon expérience professionnelle s'est très mal passée. Après un long travail sur moi-même, une évidence m'est apparue : je veux être professeur des écoles. Attention, ne comprenez pas : "je n'ai plus de travail alors après tout pourquoi pas devenir enseignante ?" mais plutôt : "j'étais malheureuse dans mon travail et grâce à de nombreux tests et à un travail profond sur moi-même, je DOIS me réorienter professionnellement pour devenir enseignante. En fait, c'est un peu une vocation tardive. Du coup, je souhaiterais, si vous le voulez bien, profiter de votre expérience pour obtenir des informations sur le métier d'enseignante. J'ai lu pas mal de forums, et de nombreux sujets reviennent fréquemment, avec des réponses souvent semblables. Je vais donc essayer de ne pas vous poser des questions dont, à priori, j'ai déjà la réponse. Voici donc une partie des questions que je me pose et auxquelles je souhaiterais votre point de vue (bien sûr, si vous êtes d'accord) :
-quel est votre parcours ? (je sais que depuis 6 ans, la formation d'enseignants a beaucoup changé, mais en ce qui concerne la licence, pour laquelle avez-vous opté ? laquelle vous parait la plus pertinente, maintenant que vous êtes enseignante?)

Bac littéraire, DEUG de sciences du langage et d’anglais, Licence de sciences du langage avec renforcement en mathématiques, prépa concours à l’IUFM et enfin formation à l’IUFM Midi-Pyrénées une fois le concours obtenu. Soit 5 ans !


- d'après vous, quelles sont les qualités indispensables pour ce métier ?

La patience, l’ouverture d’esprit, l’adaptation et les nerfs bien accrochés !


-comment se passe la relation avec les enfants (est-ce que ce n'est pas trop difficile d'avoir à gérer une classe entière? Qu'est-ce que les enfants vous apportent au quotidien? Avez-vous parfois des "coups de mous"? N'est-ce pas parfois difficile d'être confrontée aux problèmes que peuvent rencontrer certains enfants (sur le plan personnel et dans leur scolarité)?

Cette question revient souvent. Gérer une classe c’est notre métier. C'est un peu comme si on demandait à un pompier "C'est pas trop dur d'éteindre un feu ?" Donc si on n’y arrive pas au bout d’un moment c’est que ce métier n’est pas fait pour nous. Pour ma part, j’essaie d’instaurer un cadre de travail rigoureux dés le départ , il faut aussi prendre du recul par rapport à l’affectif avec les enfants et les situations difficiles qu’ils vivent parfois. Toujours garder à l’esprit qu’on est là pour les faire apprendre…et rien d’autre…en théorie ;-)


-la relation avec les parents n'est-elle pas le plus compliqué à gérer?

Pas vraiment... Il faut jouer carte blanche avec eux, être francs et se mettre à leur place pour les comprendre. Et quand ils dépassent les bornes, rester ferme. C’est moi qui mène le bateau, pas eux et ce n’est pas autrement. Mais je reste toujours à l’écoute et ouverte à la discussion. Cela permet de désamorcer beaucoup de choses…

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22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 11:15

Chers lecteurs,

 

J’ai décidé de vous parler aujourd’hui d’une méthode de grammaire que j’avais envie de tester depuis quelques temps. Il s’agit de « Faire de la grammaire au CM1 » de Marie-Louise Pignon et Françoise Picot. Et je vous entends d’ici : « Picot ? Vous avez dit Picot ? » Je suis certaine que ce nom vous est déjà familier et pour cause ! Non…non…non…je ne parle pas de la comptine mettant en scène une certaine poule qui lève sa queue… La méthode « Picot » fait parler d’elle depuis un trio d’années, vous avez forcément entendu l’un de vos collègues prononcer l’une de ces phrases « Faut que j’imprime mon texte Picot de la semaine 4 ! » ou bien « Non j’ai pas le temps de faire arts-plastiques, je fais la méthode Picot ! » (variante pédagogique de… Je peux pas j’ai poney !)

Mais qui est-elle ? Pourquoi tant de passion dévorante pour cette méthode ?

 

Le commencement….

 

Je peux dire que j’ai eu la chance de rencontrer Françoise Picot, invitée par mon IEN à animer une conférence sur la grammaire, en octobre 2011. Ce jour-là, j’avoue, j’expie, je m’y rendais à reculons…c’était un samedi matin et il faisait froid dans cet amphithéâtre miteux où nous avions rendez-vous.

J’avais peu d’espoir concernant« La grammaire », thème de cette conférence. Beaucoup de nos élèves ne maîtrisant pas bien la langue française, il faut dire que l’enseignement de cette matière est devenu un véritable chemin de croix !

Et pourtant…contre toute attente, je peux le dire trois ans après, je n’ai encore jamais eu de conférence pédagogique aussi passionnante que celle menée par Madame Picot !

Françoise Picot est Inspectrice de l’Education Nationale (circonscription de Vitry), c’est au départ pour aider sa fille (professeur des écoles) qu’elle a conçu des séries d’exercices de manipulation de la langue à destination des élèves de cycle 3.

 

MA-NI-PU-LA-TION !!!

 

Ce mot, depuis mes années fac, je le pensais à tout jamais enfoui à 6 pieds sous terre. Si je parle de mes années universitaires, c’est tout simplement parce que je suis licenciée de Sciences du Langage, j’ai donc passé trois années entières à tripatouiller diverses langues, étudier leur fonctionnement syntaxique, lexical et phonique. La grammaire générative et réflexive n’avait aucun secret pour nous ! Et pourtant, lorsque ce fut à notre tour de l’enseigner, nous n’avions à notre disposition que des grammaires dites « normatives ». La grammaire normative, nous la connaissons tous, elle a bercé notre propre expérience d’élève (parfois trop près du mur…mais bon passons !) La grammaire normative a l’odeur de la mite, du livre jauni par le temps…elle a l’image surannée de ses héros couchés sur papier glacé (des enfants blonds ou roux en salopette en jean.) Qui n’a pas connu « La balle aux mots » ? Je l’ai expérimentée en tant qu’élève et enseignante ! Des leçons, des exercices d’application. Un groupe nominal ? C’est ça ! Un COD ? C’est ça ! J’apprends, j’applique ! Quid de cet objet vivant qu’est la langue ?

Et ça, Françoise Picot l’a compris ! Sa méthode est avant tout basée sur la manipulation de notre langue, par le biais d’activités ritualisées et surtout quotidiennes.

 

Pour le meilleur et pour le pire !

 

Lorsque vous décidez de suivre la méthode Picot, vous vous engagez sur l’année scolaire entière. En effet, la méthode est prévue pour chaque période et chaque période est détaillée semaine par semaine. Oubliez donc les longues heures à élaborer des séances de grammaire, cette méthode vous guide pas à pas et vous facilite grandement les choses ! Les élèves n’ont pas de support, le manuel n’est que pour l’enseignant.

Une fois que vous avez commencé, vous allez devoir suivre le rythme !

Tout commence par la découverte d’un texte (le lundi), que les élèves vont lire et découvrir. Et c’est à partir de ce texte, que toutes les activités en grammaire et conjugaison vont s’articuler durant la semaine. Vous devez donc, taper les textes et les imprimer pour vos élèves, quant aux exercices, ils seront au tableau ou tapuscrits si vous vous en sentez capable !

Plusieurs notions sont abordées en même temps, sur toute la période. Par exemple, les compléments circonstanciels, les groupes nominaux, les phrases interrogatives et le présent en conjugaison seront travaillés sur six semaines. Vous pouvez caser une notion par jour sans soucis. Les leçons (synthèses) n’arrivant qu’à la fin.

Mais l’essence même de cette méthode, c’est le type d’exercices qu’elle propose.

 

TOUTOUYOUTOU !

 

Mes élèves et moi-même avons intitulé nos rituels de grammaire « la gym du cerveau » ! Inutile de mettre en place des contrôles anti-dopage, avec un tel entraînement, Véronique et Davina n’ont qu’à bien se tenir !

Pour illustrer au mieux ce « boot camp » grammatical, voici comment la notion de complément circonstanciel est mise en place petit à petit dans la méthode.

1/ Dans des phrases tirées du texte, les élèves doivent trouver le sujet et le verbe, ce qui permet d’isoler les compléments.

2/ Les compléments sont collectés et triés en fonction de certaines caractéristiques : je peux les supprimer ? Les déplacer ? Ni l’un ni l’autre ? Ils ne sont pas encore nommés (on ne dit pas encore CC, COD, COI) On les considère juste par rapport à leurs particularités.

3/ Pendant quelques temps, les élèves s’exercent à collecter des compléments et à les trier en fonction de leurs caractéristiques (NB : dans ma classe, nous les trions dans des enveloppes, placées sur des affiches de couleurs.)

4 / Au bout de quelques temps, on revient sur les collectes pour faire la leçon. On observe que les compléments qu’on peut supprimer et déplacer nous donnent des infos sur le lieu, la manière, le temps. Ce sont des compléments circonstanciels.

5/ Exercices sur les compléments circonstanciels et même gymnastique pour les autres compléments.

 

Les élèves apprennent à distinguer les caractéristiques de chaque objet grammatical avant toute institutionnalisation. C’est une fois la notion parfaitement acquise, que la leçon vient, en aide mémoire. Et c’est ainsi pour chaque notion !

 

Mon bilan du premier trimestre…

 

Dés que j’ai su que j’allais être en charge d’une classe de CM1, j’ai décidé de me lancer dans cette méthode. J’avoue que le début est fastidieux, qu’il faut se l’approprier. Le support n’est pas très pratique, le livre est assez gros, et il faut tout taper (texte, exercices…) même si des âmes charitables partagent ce travail sur le net (Maikresse72)

Mais le jeu en vaut la chandelle. Les élèves sont plus actifs, ils participent sans complexe car ils sont très amusés par ces manipulations ritualisées qui les mettent petit à petit en confiance. De plus, les textes sont très intéressants et variés. En revanche, la méthode prévoit trop d’exercices (si vous la suivez à la lettre, vous n’aurez pas le temps de faire les matières secondaires du programme.) Il faut donc en prendre et en laisser.

Mon bilan est positif pour ce premier trimestre ! Je recommande cette méthode à tous ceux qui veulent se lancer dans un travail de réflexion en grammaire, réflexion au service des élèves comme toujours.. !

 

Pédagogiquement vôtre

 

J'ai testé pour vous: la méthode Picot

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Je veux être maîtresse - dans Cycle 3
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22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 11:10

Bonjour à tous !

ce petit billet pour m'excuser de ce long silence de plusieurs mois. La rentrée en septembre s'est faite sur des chapeaux de roue ! La veille de la rentrée, j'ai hérité d'une classe de CM1 pour toute l'année scolaire ! Je suis ravie mais j'ai eu énormément de travail, et quelques tracas qui ont eu raison de mon assiduité sur le blog.

Je reprends donc du service, faute avouée à moitié pardonnée ? ;-)

Merci à tous pour vos lectures !

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Je veux être maîtresse
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31 août 2013 6 31 /08 /août /2013 11:35

COMMENT DEVENIR TITULAIRE MOBILE ?

Bonsoir !
Tout d'abord, très sympa votre blog. Il permet d'encourager les étudiantes, comme moi, qui n'ont qu'un rêve : celui d'être prof.
Je suis actuellement en L3 de psycho, et avec toutes ces réformes, je suis complètement perdue.
J'aurais aimé commencer par être titulaire mobile, car je pense que c'est la meilleure des formations.
A quel moment du concours doit-on le préciser ?
Pensez-vous que cela va me favoriser par apport aux autres lors de l'oral?
Merci d'avance pour vos réponses.
Bien cordialement,
Pauline

 

Bonjour Pauline,
merci pour ta visite et ton message.
Saches que pour être titulaire mobile, il ne faut pas un concours spécial mais seul le CRPE (concours de professeur des écoles) Ensuite, si tu l'obtiens, il te faudra être titularisée (après ton année de stage PES1)
Une fois que tu es titulaire, tu fais des vœux pour avoir un poste: soit de titulaire mobile, ou de titulaire sur poste fixe. Attention, quand tu débutes, tu as souvent ce qui reste et tu n'obtiens quasiment jamais ce que tu souhaites.
En revanche, tu peux être remplaçante, sans le concours dans les écoles privées sous contrat avec l'Etat...Mais je n'en sais pas plus car moi je suis fonctionnaire de l'Education Nationale, je travaille dans le public.
Bref, le chemin est encore long pour toi, je te souhaite bonne chance pour la suite de tes études et bravo d'avoir choisi ce fabuleux métier.

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COMMENT METTRE AU POINT UN ALBUM ECHO EN MATERNELLE ?

Bonjour,
Je m'appelle Laetitia. J'ai réussi à avoir un poste à l'année sur une PS/MS.
Je souhaiterai travailler le langage oral grâce aux albums-echos. En cherchant sur le net, ton blog a été indiqué. Aurais-tu des infos? J'avoue ne pas trop savoir comment m'y prendre... C'est la première fois que j'ai une classe de maternelle et j'ai conscience de ne pas avoir assez travaillé l'oralité en classe (surtout avec les PS). Ma conseillère péda trouve que c'est une bonne idée, mais à moi de me débrouiller...
 Je fais donc appel à l'entraide entre collègues...

 

Bonjour Laëtitia,

Oui j’ai soutenu mon mémoire de fin d’étude sur les albums échos, publié à l’Université du Mirail à Toulouse. J'ai réalisé plusieurs albums échos: raconter une journée de classe en TPS/PS, et l'an dernier album-écho sur un projet jardinage que nous avions dans notre école.

- Déjà avant de prendre les photos il te faut des objectifs langagiers. Une fois tes objectifs définis, là tu prends les photos. Par exemple, si tu veux travailler l'usage de la préposition, tu prends des photos de tes élèves en motricité pour leur faire dire "Il monte sur la poutre" "Il passe dans le tunnel" etc... Tout dépend aussi si tu veux faire un album par enfant pour l'usage du "je" ou bien un album pour la classe donc ce sera les pronoms de 3e personnes.
Bref, avant de commencer il faut définir ce que tu veux faire apprendre à tes élèves. Un album-écho doit avoir des objectifs langagiers très précis pour être efficace.

- Une fois tes objectifs définis et tes photos prises il faut mettre en oeuvre la dictée à l'adulte. Je te conseille de lire les ouvrages de Philippe BOISSEAU qui s'est largement intéressé à l'album-écho et qui donne plein de pistes.
La dictée à l'adulte est difficile car il faut être en petits groupes, dans un endroit isolé. Ensuite il faut poser des questions aux élèves mais des questions pas trop précises car sinon ça induit trop la réponse.


- L'album-écho est un dispositif long et fastidieux car il faut y passer beaucoup de temps. Plusieurs séances sont nécessaires car après le 1er jet, il te faudra y revenir pour améliorer les paroles des enfants.
Ceci-dit c'est très intéressant !


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QUELLES SONT LES PRINCIPALES QUALITES POUR DEVENIR PROFESSEUR DES ECOLES ?

Bonjour,

Je m'appelle Laura, j'ai 20 ans, je suis étudiante à Montpellier en troisième année...de médecine ! (rien à voir vous vous dites).
Mais voilà je vous lis réguliérement, parce que j'adore votre petite touche d'humour et de créativité, et le métier de "maîtresse" m'a toujours un peu interpelé !
En effet je ne suis pas heureuse dans mes études, je ne prends pas de plaisir, et je me suis rendue compte que j'ai foncée tête baissée dans ces études sans prendre le temps de me connaître.. Et je me suis rendue compte que j'avais un profil beaucoup plus "arts et lettres" que scientifique, et une volonté d'un métier humaniste, où l'on fait la différence dans la vie des gens, c'est ce qui m'a poussée à faire médecine..!!
Ne vous en faites pas je ne vous demande pas d'être ma conseillère d'orientation (j'en ai déjà une c'est bon :p) mais j'aimerais vous demander deux choses, vous qui êtes déjà dans le métier !
1) j'aimerais vous exposer un peu mon profil, ma personnalité, et que vous me disiez si vous pensez que ma personnalité et mes loisirs collent bien avec ce métier ?

Alors j'ai toujours été une bonne élève, sérieuse et consciencieuse. J'aime beaucoup la philosophie, la psychologie, la poésie, l'art (je dessine depuis toujours), la danse (je danse depuis toujours) le piano, les voyages, l'anglais, les enfants (et le monde de l'enfance, je suis fan des classes colorées, artistiques et créatives, et des disney !, j'ai gardé une âme d'enfant) et les bébés !
Je suis créative, sociable, souriante.
Mon acitivité idéale aurait été d'améliorer le monde en utilisant ma créativité!

2) comment vivez vous votre métier, la préparation des cours empiète-t-elle réellement sur votre vie de famille, ou est-ce vrai ce que l'on dit, que le plus gros est à faire la première année et qu'après la programmation se fait plus vite?

Merci beaucoup,

 

Bonsoir Laura,

tout d'abord, un grand merci pour tes lectures . Cela me fait toujours très plaisir de constater que mon blog reçoit de sympathiques visites comme les tiennes. Et d'ailleurs, à la base, c'est pour renseigner les gens intéressés par ce métier, que je l'ai crée.
Concernant ta personnalité, tu m'as l'air très polyvalente, c'est un bon point ! Il faut l'être le plus possible dans ce métier car on enseigne toutes les matières et l'ouverture d'esprit est primordiale pour ouvrir d'autres horizons aux enfants.
Bon par contre, "aimer les enfants et les bébés + regarder les Disney" ce n'est pas indispensable hein ! Ne pas confondre prof et animatrice BAFA ;)
Je dirais que les qualités essentielles pour faire ce métier sont avant tout la patience, la polyvalence et la pédagogie !
Ta personnalité, elle vient ensuite, un peu comme la cerise sur le gâteau .

Pour ce qui est de la masse de travail, elle est énorme. Surtout au début, moi ça fait 6 ans et je commence à peine à lever le pied. Oui cela empiète sur ta vie perso, mais après il faut s'organiser et avoir un mari compréhensif comme le mien ;-))
A noter que quand on débute, on est bien loin de ce qu'on s'imagine du métier. Tu galères au moins 10 ans pour avoir TA classe (tu changes d'école tous les ans), tu es loin de chez toi (moi j'ai eu mon 1er poste à 80km de mon domicile.) Tu es confrontée à toute la misère du monde (école= miroir de la société) et tu n'es pas du tout reconnu.
Heureusement quand on a la foi, on trouve du réconfort ailleurs: le sourire des nos élèves, leurs progrès, et le bonheur de pouvoir faire un métier formidable. Rien n'est parfait mais attention à ne pas trop idéaliser le monde de l'école.
J'ai toujours voulu faire enseignante, donc je n'ai aucun regret.


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28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 14:40

Bonjour à tous !

ça-y-est, les températures commencent à baisser, les cigales ont fini de chanter, les enfants hantent de nouveau les rayons des supermarchés...bref ! C'est bientôt la rentrée!

L'occasion pour moi de reprendre du service sur le blog et aussi de vous présenter une nouvelle rubrique que j'essaierai de tenir : COURRIER DES LECTEURS.

Vous êtes de plus en plus nombreux à m'écrire en privé pour me poser des questions diverses. J'essaie d'y répondre au mieux mais je voudrais aussi que ces échanges soient bénéfiques pour tous. Je publierai donc vos questions et mes réponses, une fois par trimestre lors d'un billet consacré à cela. La liste des courriers se trouvera dans le menu à droite (Catégories - Courrier les lecteurs.)

Certains m'ont aussi demandé si il était possible de créer une page Facebook consacrée à ce blog...Pour l'instant ce n'est pas l'orientation que je voudrais donner. ;-)

A très bientôt pour de nouvelles aventures !!

Pédagogiquement vôtre.

 

Lien direct vers la première fournée de courriers

http://jeveuxetremaitresse.over-blog.com/tag/Courrier%20des%20lecteurs/

 

 

 

 

Une nouvelle rubrique pour bien commencer l'année scolaire !

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Je veux être maîtresse - dans Courrier des lecteurs
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7 juillet 2013 7 07 /07 /juillet /2013 08:03

Chers lecteurs,

ainsi s'achève l'année scolaire 2012-2013 et comme toutes les autres, elle est passée à vitesse grand V !

Il faut dire qu'une année scolaire de "brigade" n'est pas de tout repos...Pour moi, cette année, le bilan s'élève à 11 écoles et 286 élèves ! Et dés janvier une classe de CP très sympa que j'ai gardée jusqu'à la fin.

Cette année, j'ai eu droit à ma deuxième inspection qui s'est très bien passée et aux encouragements de mon inspectrice...Une bonne chose de faite !

Seule ombre au tableau, je n'ai toujours pas réussi à obtenir un poste fixe au mouvement (mon 2ème vœux a été attribué à une collègue avec le même barème que moi mais comme elle était un poil plus âgée, elle m'est passée devant...Avoir le concours jeune et du 1er coup n'est pas forcément un avantage tous les jours...) Mais point positif, mon barème augmente et commence ENFIN a être digne de ce nom. J'espère donc avoir ma classe à moi d'ici un ou deux ans.

C'est donc l'inconnu qui se profile pour le mois de septembre. L'occasion de passer des vacances vraiment tranquilles, avec la découverte des terres de l'Oncle Sam ;-))

Encore merci pour vos lectures assidues, je vous souhaite un bel été et vous donne rendez-vous à la prochaine rentrée !

Scolairement vôtre !

 

 

 

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Je veux être maîtresse
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19 juin 2013 3 19 /06 /juin /2013 15:58

Chers lecteurs,

 

la décision d'écrire cet article m'a pris du temps...A vrai dire, je vis tellement de choses dans mon quotidien de "brigade", sur une année scolaire, que je pourrai écrire un livre en plusieurs tomes.

Dans ce livre, j'y parlerai sûrement des difficultés de mon poste, mais surtout de toutes les belles rencontres que j'ai eu la chance de faire depuis presque 6 ans (pfiou...déjà!) Et pour cause, j'officie dans une quinzaine d'écoles, sur 5 arrondissements différents.

 

Ma route a croisé celles de plusieurs centaines d'enfants. La plupart ne se souviendront plus de moi dans quelques années, et moi non plus d'ailleurs.

Pourtant, je suis certaine à ce jour de ne jamais oublier l'un d'entre eux...rencontré au cours de cette année scolaire, bientôt écoulée.

 

Octobre 2012.


Je suis envoyée dans une école du 5ème arrondissement pour remplacer une collègue absente pour 3 mois.

C'était une classe de CM1.

Comme à chaque prise en main, j'étais arrivée bien avant, histoire de m'imprégner des locaux, du matériel et j'en passe.

Sur la liste des élèves, mes yeux s'attardent sur un nom de famille à consonance slave. En effet, cela n'est pas commun par ici.

8h30, les élèves prennent place, et une fois passées les présentations d'usage, l'un d'eux m'avertit de l'absence d'un certain "Emanuel" qui,je cite, "va avec les CP tous les matins pour apprendre à lire."

J'en apprends alors un peu plus sur ce petit venant de l'est: Emanuel est un enfant "Rom", il a 10 ans.


Un Rom ?

Oui.

Un Rom. Pas un gitan, ni un enfant issu de la communauté des gens du voyage.

Un Rom, un vrai !

Oui, cet enfant a fait la manche sur la Canebière avec ses parents.

Oui, cet enfant sera là dans quelques minutes face à moi.

 

Emanuel est arrivé de Roumanie en mars 2012 avec ses parents et trois autres familles.

Ils ont été recueillis par l'archevêché de Marseille, et logés dans un ancien couvent, à condition de scolariser leurs enfants. Ils sont donc dans cette école depuis plusieurs mois.

Pour eux, c'est leur toute première expérience scolaire.

 

Quand j'ai vu Emanuel pour la première fois, j'ai été frappée par son sourire. Dés qu'il rentrait dans l'école, il rayonnait de joie et de fierté.

Je compris rapidement qu'il était en quelques sortes la mascotte de la classe. A 10 ans, il en paraissait 7 tout au plus...Beaucoup plus petit que les autres et ne sachant ni lire ni écrire (même en Roumain), certains enfants l'avait pris sous leur aile.

Parfaitement intégré malgré la barrière culturelle et linguistique, il se montrait toujours motivé et enthousiaste.

 

Pourtant, en regardant de plus près, la misère était bien là.

Emanuel aurait pu être un panneau publicitaire à lui seul, car tout ce qu'il avait, tout ce qu'il portait, provenait de dons divers et variés. Après 17h, il n'était pas rare de le croiser avec ses parents et son petit frère, à chercher près des poubelles ce que d'autres auraient laissé.

Il fallait tout lui apprendre: il n'avait jamais vu ni tenu le moindre feutre, sans parler de sa découverte avec l'ordinateur qui relevait d'un véritable miracle à ses yeux.


C'était un enfant vierge de (presque) tout.

Il n'avait jamais dessiné. Tant et si bien que lorsqu'il découvrit le compas, il se mit à faire des cercles colorés partout, car au moins il en maîtrisait le geste.

Lui apprendre à lire...c'était un défi quotidien.

Emanuel ne savait pas ce qu'était l'alphabet. Même dans sa propre langue. Chez les Roms, la culture de l'écrit est inexistante, tout passe par l'oral.

Alors je lui ramenais des livres, des abécédaires plein d'images...

 

Parfois, il me parlait de son pays.

Il fallait beaucoup de concentration pour le comprendre, car il avait trop peu de vocabulaire et cherchait sans cesse ses mots.

Et là ses yeux brillaient de nostalgie quand il évoquait la Roumanie.

Emanuel vivait dans une famille débordante d'amour, seule chose que la misère et la précarité ne ternissaient pas.

 

Il était bien à l'école. A tel point qu'il avait les larmes aux yeux quand arrivaient les vacances.

Mais au-delà de cette intégration quasi-parfaite, le "POURQUOI" est sur toutes les lèvres.

Pourquoi ? Quel avenir ?

Ils étaient expulsables à tout moment et nous le savions bien.

 

J'ai pris une énorme claque pendant ces 3 mois.

Une claque d'amour, d'humilité, de foi en l'Homme.

 

Quand je suis partie, Emanuel m'a dit avec son accent roumain "Maîtlesse, avec toi c'était bien !"

Et trônent encore sur les murs de mon bureau, ces cercles colorés qui me rappellent sans cesse qu'avec un peu de volonté et d'humanité tout reste possible.

 


 

 

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Je veux être maîtresse - dans Une vie de prof !
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10 mars 2013 7 10 /03 /mars /2013 12:12

Chers lecteurs,

 

Comme vous le savez déjà, c’est mon quotidien d’enseignante qui vient nourrir mon inspiration pour ce blog. Et les derniers événements m’ont donné envie de faire un petit billet sur la bête noire des professeurs, celle qui se manifeste tous les trois ans : l’inspection !

Hé oui, j’ai été inspectée la semaine dernière, c’est ma deuxième inspection depuis que je suis titulaire. Elle s’est très très bien passée pour moi alors je vais m’efforcer de dédramatiser ce moment 

 

(Avant de commencer, je précise que ce récit est purement IMAGINAIRE. Ce n'est pas le récit de mon inspection, mais seulement un texte à visée humoristique, qui est un condensé de ce que j'ai pu entendre à droite à gauche.)

 

Mais déjà, posons-nous une question fondamentale ? Pourquoi l’inspection nous stresse-t-elle autant ?

Alors oui, j’en entends déjà qui disent : « Ah moi non jamais je ne suis angoissé(e), l’inspection est un jour comme un autre je ne change pas du tout ma pratique ! » (pour lire cette phrase, prenez la voix du « blond » de Gad Elmaleh.) Mais cela doit concerner 0.2% de notre chère corporation !

Et en même temps, on est en droit de se demander pourquoi ce moment, qui est dans les textes officiels un moment dit de FORMATION, est aussi redouté. Donc « le blond » n’est pas tout à fait en tort sur ce coup !

 

Pour commencer, vous savez que vous êtes inspectable tous les 3 ans en moyenne. Donc l’année de votre inspection, vous vous attendez à tout moment à recevoir des nouvelles de votre IEN (Inspecteur de l’Education Nationale, ou ancien professeur qui a basculé du côté obscur de la force.)

Un beau jour, votre avis d’inspection arrive :

-          Chère Madame, j’ai  l’honneur de vous annoncer que vous serez inspectée à telle date. (version soft)

-          Chère Madame, j’ai  l’honneur de vous annoncer que vous serez inspectée sur telle semaine. (version gore)

-          Chère Madame, j’ai  l’honneur de vous annoncer que vous serez inspectée sur telle période. (version inhumaine)

Ben oui, déjà nous ne partons pas tous avec les mêmes chances : certains connaissent le jour de leur inspection et d’autres non…juste la semaine ou la période !

Et là, rien n’est plus pareil. Alors que vous vous efforcez de garder le sourire et votre self-control, vous reviennent en mémoire toutes les anecdotes terrifiantes qu’on vous a racontées sur votre inspecteur (souvent décrit comme un dragon sans cœur.)

Vous faites alors le point sur votre pratique, et même si vous avez conscience que vous n’êtes pas le meilleur pédagogue du monde, vous êtes quelque  peu déconcerté : vos progressions ne sont pas tout à fait à jour, vous n’avez pas fait de cahier journal depuis des lustres, votre affichage est plus que succinct…Bref ! C’est le drame !

 

Vous profitez du temps qui vous est imparti pour vous mettre à jour.  Le compte-à-rebours est lancé, il ne vous reste que peu de temps pour prouver à votre inspecteur que vous êtes le descendant spirituel de Philippe Mérieu! (ben oui il était à la mode quand j’ai passé le concours il y a 6 ans…)

Vous recommencez à potasser les programmes (ah bon ? les tables de 2 et 5 sont au programme du CP ?) et vos nuits deviennent de plus en plus agitées. De temps en temps, vous laissez trainer une oreille curieuse pour savoir comment s’est passée l’inspection d’un de vos collègues…puis vous vous surprenez à imaginer la vôtre…avec plus ou moins d’optimisme dans le scénario !

Mais après tout qu’est-ce que vous risquez ? Dans le meilleur des cas un petit moment de gloire et un point de plus sur votre note…dans le pire des cas un grand moment de solitude dans lequel on vous qualifiera de mauvais fonctionnaire ou encore de pédagogue au rabais…Au choix !

 

Le grand jour est arrivé. Vous avez choisi votre tenue avec soin (là aussi ne pas en faire trop…entre le tringale de service et le/la working-woman/man, ça vous laisse du choix), vous avez vérifié que la pyramide des âges est bien affichée, que vos fiches de préparation sont bien tapées, que votre cahier d’appel est dûment rempli (sans oublier les fameux pourcentages !!!) et surtout que vos élèves ont bien retiendu la leçon: « Alors aujourd’hui les enfants, nous allons recevoir Monsieur l’Inspecteur (le dragon) dans la classe. Son métier  (son plaisir) c’est de regarder (scruter) comment nous travaillons (comment JE vous fais travailler), il faudra être très sage (sinon les représailles seront terribles, les dragons crachent du feu et les maîtresses aussi parfois !) »

Mais à peine avez-vous terminé votre phrase que vous percevez des pas devant la porte. Votre cœur se met à battre la chamade, le brouhaha de vos élèves fait place à un silence mortuaire. La porte s’ouvre…et… ce n’est que l’ATSEM qui vient faire l’appel de la cantine ! ARGH !

 

Votre IEN est taquin, il a décidé d’arriver en milieu de matinée car il a vu sur votre emploi du temps qu’à 10h30 vous faisiez grammaire…et la grammaire, il adore ça puisqu’avant il était professeur de français en lycée (si si ! vous êtes parfois inspectée par quelqu’un qui n’a jamais fait votre métier !) Après les salutations et présentations d’usage, les sourires de rigueur, tout le monde se met à son poste : l’inspecteur derrière votre bureau avec son ordinateur portable, et vous devant vos élèves, en mode « je-suis-un(e)-pédagogue-hors-du-commun-et-je-vais-le-montrer ! »

Votre séance commence. Bien sûr, vous mettez les élèves en situation de recherche groupée, conformément aux lubies… euh théories socio-constructivistes ! Parfois, vous vérifiez du coin de l’œil ce que fait l’inspecteur : il tape frénétiquement sur son clavier. En fait il est en train de taper votre futur rapport d’inspection en même temps. La séance se poursuit sans trop d’encombres, l’inspecteur se lève et regarde votre affichage, parfois il fouille même sur votre bureau (on sait jamais sur quoi on peut tomber hein ?!) Il souffle ou se racle la gorge…mais vous gardez votre sang froid, après-tout il a peut-être attrapé un vilain virus ?!

Au bout de trois quarts d’heure/ une heure qui vous semblent être une éternité, l’inspecteur vous signifie qu’il souhaite passer à l’entretien (phase d’analyse de votre pratique). Vous répartissez vos élèves et soufflez un grand coup.

 

C’est alors que commence le fameux tête à tête, souvent perçu comme le procès de votre incompétence…ou pas !

Ce temps d’analyse de pratique va surtout être l’occasion de pointer ce qui n’allait pas. Mais ce qui est déconcertant, c’est que tout est une question de point de vue. Car ce qui est perçu comme un défaut chez un IEN, peut être une qualité pour un autre. En effet, chaque inspecteur a son « dada ». Par exemple, un IEN peut être fervent amateur de travail de groupes…donc il va vous encenser si vous en avez fait. Alors que trois ans plus tard, un autre inspecteur vous reprochera d’en avoir fait, prétextant que les élèves n’apprennent pas mieux de cette façon. Aaaaaaaaaah !! Le monde magique de l’Education Nationale !

Bien sûr l’essentiel est de se faire sa propre idée et d’être fidèle à sa façon d’enseigner mais…le jour de l’inspection, on a toujours envie de faire plaisir à celui qui nous observe du fond de la classe.

Toujours est-il que le « oui-oui Monsieur » est fortement conseillé si vous ne voulez pas vous payer une contre-inspection dans l’année. (Moment d’échange et de formation vous avez dit ?)

 

Mais finalement, après avoir écouté la longue liste de vos défauts, vous vous voyez gratifié d’une bonne appréciation et d’une note augmentée. Car le dragon peut aussi cracher un arc-en-ciel !

Et le meilleur moment, c’est quand la porte de l’école se referme et que vous vous dites que vous êtes tranquille pour 3 ans !

Alors là vous avez le droit de prendre votre voix de « blond » et de dire « Mon inspection ? Les doigts dans le nez ! ça ne sert à rien s’angoisser ! »

 

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Je veux être maîtresse - dans Une vie de prof !
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  • : Je suis professeur des écoles depuis 7 ans, ce blog me suit depuis la licence. J'ai voulu relater au fil de ces années mon parcours, dans le but d'informer les gens intéressés par ce beau métier. J'ai actuellement un poste de titulaire mobile.©Tous droits réservés. Les textes sont la propriété exclusive de leur auteur.
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