Chers lecteurs,
Comme vous le savez déjà, c’est mon quotidien d’enseignante qui vient nourrir mon inspiration pour ce blog. Et les derniers événements m’ont donné envie de faire un petit billet sur la bête noire des professeurs, celle qui se manifeste tous les trois ans : l’inspection !
Hé oui, j’ai été inspectée la semaine dernière, c’est ma deuxième inspection depuis que je suis titulaire.
Elle s’est très très bien passée pour moi alors je vais m’efforcer de dédramatiser ce moment
(Avant de commencer, je précise que ce récit est purement IMAGINAIRE.
Ce n'est pas le récit de mon inspection, mais seulement un texte à visée humoristique, qui est un condensé de ce que j'ai pu entendre à droite à gauche.)
Mais déjà, posons-nous une question fondamentale ? Pourquoi l’inspection nous stresse-t-elle autant ?
Alors oui, j’en entends déjà qui disent : « Ah moi non jamais je ne suis angoissé(e), l’inspection est un jour comme un autre je ne change pas du tout ma pratique ! » (pour lire cette phrase, prenez la voix du « blond » de Gad Elmaleh.) Mais cela doit concerner 0.2% de notre chère corporation !
Et en même temps, on est en droit de se demander pourquoi ce moment, qui est dans les textes officiels un moment dit de FORMATION, est aussi redouté. Donc « le blond » n’est pas tout à fait en tort sur ce coup !
Pour commencer, vous savez que vous êtes inspectable tous les 3 ans en moyenne. Donc l’année de votre inspection, vous vous attendez à tout moment à recevoir des nouvelles de votre IEN (Inspecteur de l’Education Nationale, ou ancien professeur qui a basculé du côté obscur de la force.)
Un beau jour, votre avis d’inspection arrive :
- Chère Madame, j’ai l’honneur de vous annoncer que vous serez inspectée à telle date. (version soft)
- Chère Madame, j’ai l’honneur de vous annoncer que vous serez inspectée sur telle semaine. (version gore)
- Chère Madame, j’ai l’honneur de vous annoncer que vous serez inspectée sur telle période. (version inhumaine)
Ben oui, déjà nous ne partons pas tous avec les mêmes chances : certains connaissent le jour de leur inspection et d’autres non…juste la semaine ou la période !
Et là, rien n’est plus pareil. Alors que vous vous efforcez de garder le sourire et votre self-control, vous reviennent en mémoire toutes les anecdotes terrifiantes qu’on vous a racontées sur votre inspecteur (souvent décrit comme un dragon sans cœur.)
Vous faites alors le point sur votre pratique, et même si vous avez conscience que vous n’êtes pas le meilleur pédagogue du monde, vous êtes quelque peu déconcerté : vos progressions ne sont pas tout à fait à jour, vous n’avez pas fait de cahier journal depuis des lustres, votre affichage est plus que succinct…Bref ! C’est le drame !
Vous profitez du temps qui vous est imparti pour vous mettre à jour. Le compte-à-rebours est lancé, il ne vous reste que peu de temps pour prouver à votre inspecteur que vous êtes le descendant spirituel de Philippe Mérieu! (ben oui il était à la mode quand j’ai passé le concours il y a 6 ans…)
Vous recommencez à potasser les programmes (ah bon ? les tables de 2 et 5 sont au programme du CP ?) et vos nuits deviennent de plus en plus agitées. De temps en temps, vous laissez trainer une oreille curieuse pour savoir comment s’est passée l’inspection d’un de vos collègues…puis vous vous surprenez à imaginer la vôtre…avec plus ou moins d’optimisme dans le scénario !
Mais après tout qu’est-ce que vous risquez ? Dans le meilleur des cas un petit moment de gloire et un point de plus sur votre note…dans le pire des cas un grand moment de solitude dans lequel on vous qualifiera de mauvais fonctionnaire ou encore de pédagogue au rabais…Au choix !
Le grand jour est arrivé. Vous avez choisi votre tenue avec soin (là aussi ne pas en faire trop…entre le tringale de service et le/la working-woman/man, ça vous laisse du choix), vous avez vérifié que la pyramide des âges est bien affichée, que vos fiches de préparation sont bien tapées, que votre cahier d’appel est dûment rempli (sans oublier les fameux pourcentages !!!) et surtout que vos élèves ont bien retiendu la leçon: « Alors aujourd’hui les enfants, nous allons recevoir Monsieur l’Inspecteur (le dragon) dans la classe. Son métier (son plaisir) c’est de regarder (scruter) comment nous travaillons (comment JE vous fais travailler), il faudra être très sage (sinon les représailles seront terribles, les dragons crachent du feu et les maîtresses aussi parfois !) »
Mais à peine avez-vous terminé votre phrase que vous percevez des pas devant la porte. Votre cœur se met à battre la chamade, le brouhaha de vos élèves fait place à un silence mortuaire. La porte s’ouvre…et… ce n’est que l’ATSEM qui vient faire l’appel de la cantine ! ARGH !
Votre IEN est taquin, il a décidé d’arriver en milieu de matinée car il a vu sur votre emploi du temps qu’à 10h30 vous faisiez grammaire…et la grammaire, il adore ça puisqu’avant il était professeur de français en lycée (si si ! vous êtes parfois inspectée par quelqu’un qui n’a jamais fait votre métier !) Après les salutations et présentations d’usage, les sourires de rigueur, tout le monde se met à son poste : l’inspecteur derrière votre bureau avec son ordinateur portable, et vous devant vos élèves, en mode « je-suis-un(e)-pédagogue-hors-du-commun-et-je-vais-le-montrer ! »
Votre séance commence. Bien sûr, vous mettez les élèves en situation de recherche groupée, conformément aux lubies… euh théories socio-constructivistes ! Parfois, vous vérifiez du coin de l’œil ce que fait l’inspecteur : il tape frénétiquement sur son clavier. En fait il est en train de taper votre futur rapport d’inspection en même temps. La séance se poursuit sans trop d’encombres, l’inspecteur se lève et regarde votre affichage, parfois il fouille même sur votre bureau (on sait jamais sur quoi on peut tomber hein ?!) Il souffle ou se racle la gorge…mais vous gardez votre sang froid, après-tout il a peut-être attrapé un vilain virus ?!
Au bout de trois quarts d’heure/ une heure qui vous semblent être une éternité, l’inspecteur vous signifie qu’il souhaite passer à l’entretien (phase d’analyse de votre pratique). Vous répartissez vos élèves et soufflez un grand coup.
C’est alors que commence le fameux tête à tête, souvent perçu comme le procès de votre incompétence…ou pas !
Ce temps d’analyse de pratique va surtout être l’occasion de pointer ce qui n’allait pas. Mais ce qui est déconcertant, c’est que tout est une question de point de vue. Car ce qui est perçu comme un défaut chez un IEN, peut être une qualité pour un autre. En effet, chaque inspecteur a son « dada ». Par exemple, un IEN peut être fervent amateur de travail de groupes…donc il va vous encenser si vous en avez fait. Alors que trois ans plus tard, un autre inspecteur vous reprochera d’en avoir fait, prétextant que les élèves n’apprennent pas mieux de cette façon. Aaaaaaaaaah !! Le monde magique de l’Education Nationale !
Bien sûr l’essentiel est de se faire sa propre idée et d’être fidèle à sa façon d’enseigner mais…le jour de l’inspection, on a toujours envie de faire plaisir à celui qui nous observe du fond de la classe.
Toujours est-il que le « oui-oui Monsieur » est fortement conseillé si vous ne voulez pas vous payer une contre-inspection dans l’année. (Moment d’échange et de formation vous avez dit ?)
Mais finalement, après avoir écouté la longue liste de vos défauts, vous vous voyez gratifié d’une bonne appréciation et d’une note augmentée. Car le dragon peut aussi cracher un arc-en-ciel !
Et le meilleur moment, c’est quand la porte de l’école se referme et que vous vous dites que vous êtes tranquille pour 3 ans !
Alors là vous avez le droit de prendre votre voix de « blond » et de dire « Mon inspection ? Les doigts dans le nez ! ça ne sert à rien s’angoisser ! »
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