J'ai testé pour vous: la méthode Picot

Publié le par Je veux être maîtresse

Chers lecteurs,

 

J’ai décidé de vous parler aujourd’hui d’une méthode de grammaire que j’avais envie de tester depuis quelques temps. Il s’agit de « Faire de la grammaire au CM1 » de Marie-Louise Pignon et Françoise Picot. Et je vous entends d’ici : « Picot ? Vous avez dit Picot ? » Je suis certaine que ce nom vous est déjà familier et pour cause ! Non…non…non…je ne parle pas de la comptine mettant en scène une certaine poule qui lève sa queue… La méthode « Picot » fait parler d’elle depuis un trio d’années, vous avez forcément entendu l’un de vos collègues prononcer l’une de ces phrases « Faut que j’imprime mon texte Picot de la semaine 4 ! » ou bien « Non j’ai pas le temps de faire arts-plastiques, je fais la méthode Picot ! » (variante pédagogique de… Je peux pas j’ai poney !)

Mais qui est-elle ? Pourquoi tant de passion dévorante pour cette méthode ?

 

Le commencement….

 

Je peux dire que j’ai eu la chance de rencontrer Françoise Picot, invitée par mon IEN à animer une conférence sur la grammaire, en octobre 2011. Ce jour-là, j’avoue, j’expie, je m’y rendais à reculons…c’était un samedi matin et il faisait froid dans cet amphithéâtre miteux où nous avions rendez-vous.

J’avais peu d’espoir concernant« La grammaire », thème de cette conférence. Beaucoup de nos élèves ne maîtrisant pas bien la langue française, il faut dire que l’enseignement de cette matière est devenu un véritable chemin de croix !

Et pourtant…contre toute attente, je peux le dire trois ans après, je n’ai encore jamais eu de conférence pédagogique aussi passionnante que celle menée par Madame Picot !

Françoise Picot est Inspectrice de l’Education Nationale (circonscription de Vitry), c’est au départ pour aider sa fille (professeur des écoles) qu’elle a conçu des séries d’exercices de manipulation de la langue à destination des élèves de cycle 3.

 

MA-NI-PU-LA-TION !!!

 

Ce mot, depuis mes années fac, je le pensais à tout jamais enfoui à 6 pieds sous terre. Si je parle de mes années universitaires, c’est tout simplement parce que je suis licenciée de Sciences du Langage, j’ai donc passé trois années entières à tripatouiller diverses langues, étudier leur fonctionnement syntaxique, lexical et phonique. La grammaire générative et réflexive n’avait aucun secret pour nous ! Et pourtant, lorsque ce fut à notre tour de l’enseigner, nous n’avions à notre disposition que des grammaires dites « normatives ». La grammaire normative, nous la connaissons tous, elle a bercé notre propre expérience d’élève (parfois trop près du mur…mais bon passons !) La grammaire normative a l’odeur de la mite, du livre jauni par le temps…elle a l’image surannée de ses héros couchés sur papier glacé (des enfants blonds ou roux en salopette en jean.) Qui n’a pas connu « La balle aux mots » ? Je l’ai expérimentée en tant qu’élève et enseignante ! Des leçons, des exercices d’application. Un groupe nominal ? C’est ça ! Un COD ? C’est ça ! J’apprends, j’applique ! Quid de cet objet vivant qu’est la langue ?

Et ça, Françoise Picot l’a compris ! Sa méthode est avant tout basée sur la manipulation de notre langue, par le biais d’activités ritualisées et surtout quotidiennes.

 

Pour le meilleur et pour le pire !

 

Lorsque vous décidez de suivre la méthode Picot, vous vous engagez sur l’année scolaire entière. En effet, la méthode est prévue pour chaque période et chaque période est détaillée semaine par semaine. Oubliez donc les longues heures à élaborer des séances de grammaire, cette méthode vous guide pas à pas et vous facilite grandement les choses ! Les élèves n’ont pas de support, le manuel n’est que pour l’enseignant.

Une fois que vous avez commencé, vous allez devoir suivre le rythme !

Tout commence par la découverte d’un texte (le lundi), que les élèves vont lire et découvrir. Et c’est à partir de ce texte, que toutes les activités en grammaire et conjugaison vont s’articuler durant la semaine. Vous devez donc, taper les textes et les imprimer pour vos élèves, quant aux exercices, ils seront au tableau ou tapuscrits si vous vous en sentez capable !

Plusieurs notions sont abordées en même temps, sur toute la période. Par exemple, les compléments circonstanciels, les groupes nominaux, les phrases interrogatives et le présent en conjugaison seront travaillés sur six semaines. Vous pouvez caser une notion par jour sans soucis. Les leçons (synthèses) n’arrivant qu’à la fin.

Mais l’essence même de cette méthode, c’est le type d’exercices qu’elle propose.

 

TOUTOUYOUTOU !

 

Mes élèves et moi-même avons intitulé nos rituels de grammaire « la gym du cerveau » ! Inutile de mettre en place des contrôles anti-dopage, avec un tel entraînement, Véronique et Davina n’ont qu’à bien se tenir !

Pour illustrer au mieux ce « boot camp » grammatical, voici comment la notion de complément circonstanciel est mise en place petit à petit dans la méthode.

1/ Dans des phrases tirées du texte, les élèves doivent trouver le sujet et le verbe, ce qui permet d’isoler les compléments.

2/ Les compléments sont collectés et triés en fonction de certaines caractéristiques : je peux les supprimer ? Les déplacer ? Ni l’un ni l’autre ? Ils ne sont pas encore nommés (on ne dit pas encore CC, COD, COI) On les considère juste par rapport à leurs particularités.

3/ Pendant quelques temps, les élèves s’exercent à collecter des compléments et à les trier en fonction de leurs caractéristiques (NB : dans ma classe, nous les trions dans des enveloppes, placées sur des affiches de couleurs.)

4 / Au bout de quelques temps, on revient sur les collectes pour faire la leçon. On observe que les compléments qu’on peut supprimer et déplacer nous donnent des infos sur le lieu, la manière, le temps. Ce sont des compléments circonstanciels.

5/ Exercices sur les compléments circonstanciels et même gymnastique pour les autres compléments.

 

Les élèves apprennent à distinguer les caractéristiques de chaque objet grammatical avant toute institutionnalisation. C’est une fois la notion parfaitement acquise, que la leçon vient, en aide mémoire. Et c’est ainsi pour chaque notion !

 

Mon bilan du premier trimestre…

 

Dés que j’ai su que j’allais être en charge d’une classe de CM1, j’ai décidé de me lancer dans cette méthode. J’avoue que le début est fastidieux, qu’il faut se l’approprier. Le support n’est pas très pratique, le livre est assez gros, et il faut tout taper (texte, exercices…) même si des âmes charitables partagent ce travail sur le net (Maikresse72)

Mais le jeu en vaut la chandelle. Les élèves sont plus actifs, ils participent sans complexe car ils sont très amusés par ces manipulations ritualisées qui les mettent petit à petit en confiance. De plus, les textes sont très intéressants et variés. En revanche, la méthode prévoit trop d’exercices (si vous la suivez à la lettre, vous n’aurez pas le temps de faire les matières secondaires du programme.) Il faut donc en prendre et en laisser.

Mon bilan est positif pour ce premier trimestre ! Je recommande cette méthode à tous ceux qui veulent se lancer dans un travail de réflexion en grammaire, réflexion au service des élèves comme toujours.. !

 

Pédagogiquement vôtre

 

J'ai testé pour vous: la méthode Picot

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claire 22/03/2017 08:36

Bonjour, je suis intéressée par la méthode Picot pour l'an prochain !
J'ai et j'aurai un triple niveau ce2-cm1-cm2 et je me demandais si c'était faisable? De plus comment faire d'une année sur l'autre pour éviter aux cm1 passes en cm2 de refaire les mêmes textes?
Merci pour vos infos! Et merci pour cet article très motivant.
Claire

steph 24/02/2017 11:15

Je me retrouve complètement dans ton article et j'ai même l'impression de l'avoir écrit moi même. Mes élèves de cm2 adorent cette méthode et font des progrès réels. Je ne crois pas que j'aurais pu débuter avec une telle méthode ou alors il aurait fallu que je la vois pratiquée dans une classe auparavant. Il est vraie qu'elle diffère complètement de mes pratiques ancestrales et qu'elle a nécessité un temps d'adaptation. Heureusement de nombreuses blogueuses m'ont aidé dans cette période d'imprégnation et aujourd'hui je me dis comme toi que Françoise Picot a tout prévu et que j'ai clef en main un outil efficace.

Richard POUYANNE 03/09/2016 12:23

Bonjour, je serais intéressé pour avoir les coordonnées de Madame Picot svp. En effet, cet article me conforte dans l'idée de me lancer dans cette méthode. Merci d'avance!

tison 28/06/2016 10:54

Bonjour,
je suis tombée sur votre super blog, et comme je vais avoir des cm1/cm2 l'année prochaine, je suis intéressée par cette méthode, et les ressources qui vont avec. Pouvez-vous me transmettre les coordonnées de Mme Picot, ou bien si quelqu'un a les fichiers modifiables... Merci pour tous ces partages!!!

fp19130 25/04/2016 11:19

Ah enseigner la grammaire comme on peut enseigner les maths , à partir du concret d'un texte en allant jusqu'à la fonction , c'est super.