Si le harcèlement scolaire m'était conté...

Publié le par Je veux être maîtresse

Nous l’appellerons « Linsay ».

Une scolarité sans histoire.

Elle avait toujours aimé l’école et s’y était toujours sentie bien. Bonne élève, sage et appliquée.

C’est tout naturellement qu’après son CM2, ses parents choisirent le collège du quartier, là où son propre frère avait fait ses armes. C’est ainsi que les portes de l’enfance se refermèrent peu à peu pour elle.

Elle se souvient encore de sa première rentrée dans ce collège. Son père avait mis son blaser beige des grandes occasions. Pas d’angoisse pourtant, ils connaissent bien l’établissement et n’en sont pas à leur première visite, leur aîné l’a quitté il y a peu.

Quant à Linsay, elle eut le plaisir de retrouver certains amis de l’école dans sa classe : l’enfance allait pouvoir se prolonger un petit peu. 

Mais l’adolescence est arrivée avec ses gros sabots. Les amis d’enfance sont devenus des rivaux, les sourires d’anges sont devenus métallisés, la candeur a laissé place à l’arrogance. Pourtant, Linsay avait conservé un peu d’innocence dans ses joues roses un peu dodues.

Oui, Linsay était une adolescente un peu gauche et peu tonique. A sa décharge, elle avait subi plusieurs opérations des genoux qui l’avaient rendue un peu trop sédentaire. De ses  petites rondeurs personne ne s’en inquiétait, cela paraissait même normal pour une enfant d’origine latine.

 

Tout a commencé en 4ème, un jour de novembre 1997.

Cours d’arts plastiques : celui où les élèves sont libres de se lever et de discuter comme bon leur semble, celui dans lequel l’enseignant joue aussi  le rôle du copain bienveillant.

Un groupe de garçons…Linsay est secrètement amoureuse de l'un d’entre eux: un grand gaillard, habitant non loin de chez elle. Cependant, elle ne lui a encore jamais adressé la parole. Quel ne fût pas son étonnement qu’il la regarde avec insistance ce jour là. Quelques messes basses échangées avec ses acolytes, des rires.

Lorsqu’elle comprend que tout cela est synonyme de moquerie, elle ne s’en offusque pas vraiment. Au contraire, elle est ravie d’avoir attiré leur attention et d’avoir engagé la conversation. L’adolescence est cruelle car elle contraint ceux et celles qui ne rentrent pas dans le moule à accepter la méchanceté car c’est là leur seul salut.

Ce qui était au départ une simple boutade sur quelques kilos superflus, se transforma en véritable mode. Se moquer de la brave Linsay était devenu un sport national et même ses propres amies se prenaient au jeu.  Les bourreaux étaient les mêmes, ce petit groupe de garçons « fils à papa », adulé de toutes les jeunes filles.

 

Pour Linsay, venir au collège et y travailler sereinement devint de plus en plus difficile. Pas une récréation sans rires sur son passage, pas un cours sans petits mots insultants. Lui trouver de nouveaux surnoms était le passe-temps favori de tous ceux dont l’imagination faisait rage. Se moquer d’elle était devenu normal et routinier. Pourtant, elle souffrait. En silence, certes, mais il le fallait.

Et un jour le cap de la violence fut franchi. Alors qu’elle tentait d’ignorer la bande, l’un d’entre eux la coinça dans un coin de la cour et s’en suivi une avalanche de gifles, dont elle se tira à bout de forces et de pleurs. Cette-fois s’en était trop.

 

Beaucoup de ses amies lui tournaient le dos car trainer avec Linsay c’était ringard, on ne reste pas avec les gros (sic.) Ses résultats scolaires commencèrent à chuter et l’espoir de devenir enseignante s’éloignait petit à petit.

Elle se souviendra toujours de sa professeur principale de 3ème, lui brandissant la brochure du L.E.P du coin : « Tu ne pourras jamais entrer dans un lycée général avec tes notes, et encore moins devenir professeur ! Tu sais il n'y a pas de honte à être coiffeuse ou esthéticienne ! » lui avait-elle dit. Linsay serrait les dents. Il restait encore peu de temps à tenir, elle cachait toujours sa souffrance à sa famille car elle avait honte, honte de courber l’échine, honte de s’être laissé faire.

 

« Dégage sale grosse ! » Ce sont les paroles qui précédèrent le violent coup de poing que Linsay se reçut sur la joue un jour où elle se trouvait un peu trop sur le passage de l'un des bourreaux.

C’était fini. Elle ne pouvait plus cacher ce qu’elle vivait : cette marque rouge allait témoigner pour elle. Elle n’eut pas grand-chose à dire devant ses parents qui apprirent ainsi l’enfer qu’elle vivait.

Pourtant, les choses n’évoluèrent pas vraiment. Les menaces de son père et les rendez-vous avec la conseillère d’éducation n’y firent rien.

Malgré tout, Linsay avait un projet :  redoubler et laisser partir ceux qui incarnaient son calvaire et surtout prendre un nouveau départ.

Et c’est ce qui arriva.

 Après son redoublement, Lindsay a intégré le lycée général de ses rêves, elle a perdu ses bonnes joues et ses kilos superflus, même si encore aujourd'hui elle ne se trouvera jamais assez mince...

L'année suivante, à l'âge de 17 ans, elle rencontra un charmant jeune homme...qui devint son mari 10 ans plus tard.

Au terme de ses études, elle réalisa son rêve et fut reçue au concours de professeur des écoles. Elle exerce toujours ce métier avec passion.

Elle n’en veut pas à ses bourreaux, juste aux adultes, à  la communauté éducative qui a fermé les yeux et qui n’a rien fait pendant ces deux longues années. Son salut, elle le doit à elle seule et à sa volonté de s’en sortir. Elle sait que d'autres n'auront pas cette chance, en témoignent les récents suicides médiatisés.

Dans tous les cas, elle s’est promis une chose : le harcèlement scolaire n’aura jamais sa place dans sa classe…

 

 Toute ressemblance avec des faits réels ne saurait être que..."fortuite"...

 

 

Publié dans Billets d'humeur

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Commenter cet article

claire 21/06/2015 20:53

Bravo pour cet article délicat. Le silence des adultes dans la communauté éducative est très pesant pour les enfants. Signé : Une autre "Lindsay", elle aussi enseignante, qui reste sur le qui-vive pendant la récréation !!

Acr0 09/02/2012 16:01

Oh, rien qu'avec le surnom "Lindsay"...
Et je ne vois pas de gros sur la photo.

laure 09/02/2012 10:02

Très beau témoignage! Je n'en dirai pas plus. Bravo! Dénonçons!